Entretien professionnel obligatoire : ce qui change en 2026
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Entretien professionnel obligatoire : ce qui change en 2026

Laurent Dufresne 10 min de lecture

L’entretien professionnel est obligatoire dans toutes les entreprises, sans seuil d’effectif. La loi du 24 octobre 2025 l’a rebaptisé entretien de parcours professionnel et en a changé le rythme : un premier rendez-vous dans l’année qui suit l’embauche, puis tous les quatre ans, avec un état des lieux récapitulatif tous les huit ans.

Une obligation légale, pas une pratique managériale

Beaucoup de dirigeants confondent deux rendez-vous qui n’ont ni le même objet ni le même régime juridique. L’erreur se paie le jour où un salarié saisit le conseil de prud’hommes.

L’entretien annuel d’évaluation mesure la performance : objectifs atteints, points d’amélioration, parfois rémunération variable. Aucun texte général du Code du travail ne l’impose. Il devient obligatoire uniquement si une convention collective, un accord d’entreprise ou le contrat de travail le prévoit. Le forfait annuel en jours fait exception, la loi imposant alors un rendez-vous sur la charge de travail et l’articulation entre vie professionnelle et vie personnelle.

L’entretien de parcours professionnel obéit à une autre logique. Il regarde devant : compétences mobilisées, besoins de formation, souhaits d’évolution. L’article L6315-1 du Code du travail interdit explicitement d’y évaluer le travail du salarié. Les deux échanges peuvent se tenir le même jour, à condition d’être séparés dans le déroulé comme dans les comptes rendus.

Le champ d’application ne souffre aucune exception de taille. Une entreprise de trois salariés y est tenue au même titre qu’un groupe de trois mille. Seuls les intérimaires, les salariés mis à disposition et les sous-traitants relèvent de leur employeur d’origine.

Table de réunion en bois clair et deux chaises vides face à face dans une petite entreprise

Le nouveau rythme depuis la loi du 24 octobre 2025

La réforme déplace le calendrier que la plupart des entreprises avaient fini par intégrer. La loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025, applicable depuis le 26 octobre 2025, réécrit l’article L6315-1 du Code du travail et substitue l’entretien de parcours professionnel à l’ancien entretien professionnel.

Trois échéances structurent désormais le suivi :

  • Un premier entretien dans l’année qui suit l’embauche, quelle que soit la nature du contrat.
  • Un entretien tous les quatre ans ensuite, contre deux ans dans l’ancien régime.
  • Un état des lieux récapitulatif du parcours tous les huit ans, contre six auparavant.

L’allongement ne dispense de rien, il étale la charge de preuve dans le temps. Un cycle de huit ans traverse deux ou trois changements d’outil de paie et souvent un changement de responsable. Sans trace organisée, l’entreprise se retrouve incapable de démontrer quoi que ce soit au moment du bilan.

Les cycles engagés avant le 26 octobre 2025 ne repartent pas de zéro : les délais non expirés sont allongés à due proportion de la nouvelle durée restant à courir, le décompte reprenant à partir du dernier entretien réalisé.

Attention au cas des entreprises couvertes par un accord collectif. Les accords de branche ou d’entreprise en cours de validité qui portent sur la périodicité des entretiens continuent de produire effet, le nouvel article L6315-1 ne leur devenant applicable qu’au 1er octobre 2026. Vérifiez votre convention collective avant de basculer sur le rythme de quatre ans.

Les entretiens que déclenche un événement

Trois rendez-vous s’ajoutent au calendrier de base. Ils ne tombent pas à date fixe mais à l’occasion d’un événement précis dans la vie du salarié.

Le retour après une absence longue

L’article L6315-1 impose de proposer systématiquement un entretien au salarié qui reprend son activité après un congé de maternité ou d’adoption, un congé supplémentaire de naissance, un congé parental d’éducation, un congé de proche aidant, un congé sabbatique, une période de mobilité volontaire sécurisée, une période d’activité à temps partiel, un arrêt longue maladie ou un mandat syndical.

La condition tient en une ligne : l’obligation joue si le salarié n’a bénéficié d’aucun entretien de parcours professionnel au cours des douze mois précédant sa reprise. Ce rendez-vous de retour d’absence pèse autant sur le plan humain que juridique. Une salariée qui revient de congé maternité après onze mois n’a plus la même vision de son poste qu’au moment de son départ.

La mi-carrière et l’approche des soixante ans

L’entretien de mi-carrière se tient dans les deux mois qui suivent la visite médicale de mi-carrière, organisée par le service de prévention et de santé au travail autour du quarante-cinquième anniversaire. Il porte sur la prévention de l’usure professionnelle, les adaptations de poste envisageables et les perspectives de mobilité.

Un troisième rendez-vous vise les salariés expérimentés : dans les deux années qui précèdent leur soixantième anniversaire, l’employeur ouvre la discussion sur le maintien dans l’emploi, les aménagements de fin de carrière et les dispositifs de transition. Cette obligation joue dès à présent, sans attendre la renégociation des accords collectifs.

Silhouettes de deux personnes assises de dos près d’une grande fenêtre d’atelier au petit matin

Ce dont vous devez parler pendant l’entretien

Le contenu n’est plus laissé à la libre appréciation de l’employeur. L’article L6315-1 énumère les points que l’échange couvre obligatoirement.

  • Les compétences et les qualifications mobilisées dans l’emploi actuel, et leur évolution prévisible au regard des transformations du métier.
  • La situation et le parcours professionnels du salarié depuis le dernier rendez-vous.
  • Les besoins de formation qui découlent de cette projection.
  • Les souhaits d’évolution : mobilité interne, reconversion, validation des acquis de l’expérience.
  • L’activation du compte personnel de formation par le salarié, et les abondements que l’entreprise choisit d’y ajouter.

L’employeur informe également le salarié de l’existence du conseil en évolution professionnelle, service gratuit accessible sans passer par l’entreprise.

Un point mérite d’être posé en ouverture : ce rendez-vous ne juge pas le travail accompli. La confusion reste la cause première des entretiens qui tournent court. Un salarié persuadé de passer un examen ne formule aucun souhait d’évolution, et l’entreprise repart avec un document vide.

Ces échanges alimentent directement votre plan de développement des compétences, qui traduit en actions budgétées les besoins que les entretiens ont fait remonter.

Le formalisme : l’écrit qui vous protège

Un entretien non tracé n’a jamais existé aux yeux d’un juge. La règle du document écrit vaut pour chaque rendez-vous, avec remise d’une copie au salarié.

L’entretien se déroule pendant le temps de travail et se rémunère comme tel. L’employeur l’organise, un supérieur hiérarchique direct ou un représentant de la direction le conduit. Dans une TPE, le dirigeant assume les deux rôles sans difficulté particulière. Confier la conduite des entretiens à un responsable d’équipe suppose en revanche de lui transmettre le cadre et les critères, une logique proche de celle décrite dans notre article sur la délégation efficace en PME.

Trois réflexes limitent le risque contentieux :

  • Convoquer par écrit, avec un délai de prévenance suffisant pour que le salarié prépare son propos.
  • Faire signer le compte rendu par les deux parties, la signature du salarié valant réception et non approbation du contenu.
  • Conserver les pièces pendant toute la durée du cycle, l’état des lieux récapitulatif s’appuyant sur des documents vieux de huit ans.

Le refus du salarié de participer ne fait pas disparaître l’obligation. Gardez la trace de la convocation et du refus : l’employeur doit prouver qu’il a proposé l’entretien, pas que le salarié s’y est présenté.

Mains posées à plat sur un établi en bois usé dans un atelier éclairé par la lumière du jour

Ce que coûte l’oubli

L’état des lieux récapitulatif sert de moment de vérité. Il vérifie que le salarié a bénéficié des entretiens prévus, suivi au moins une action de formation autre que celles rendues obligatoires par la réglementation, acquis des éléments de certification et connu une progression salariale ou professionnelle.

Dans les entreprises d’au moins cinquante salariés, le manquement déclenche un abondement correctif de 3 000 euros sur le compte personnel de formation du salarié concerné, versé à la Caisse des dépôts et consignations. Le versement intervient au plus tard le dernier jour du trimestre civil qui suit l’entretien servant de référence.

Cette sanction ne tombe pas mécaniquement. La Cour de cassation, dans un arrêt de sa chambre sociale du 21 janvier 2026 (pourvoi n° 24-12.972), a confirmé qu’elle repose sur deux conditions cumulatives : l’absence des entretiens prévus et l’absence de toute formation non obligatoire sur la période. Un employeur défaillant sur les entretiens mais qui a réellement formé son salarié échappe à l’abondement.

En dessous de cinquante salariés, ce mécanisme ne s’applique pas. Le risque se déplace sur le terrain de l’obligation d’adaptation : l’article L6321-1 du Code du travail impose à l’employeur d’assurer l’adaptation des salariés à leur poste de travail et de veiller au maintien de leur capacité à occuper un emploi. Un salarié resté des années sans entretien ni formation réclame alors des dommages et intérêts sur ce fondement, sans avoir été licencié.

Une trame qui tient en quarante minutes

Aucun logiciel dédié n’est nécessaire pour une structure de moins de cinquante personnes. Une trame stable, réutilisée d’un salarié à l’autre, suffit largement.

Envoyez-la au salarié une semaine avant, avec trois questions ouvertes à préparer : ce qui a changé dans son poste depuis le dernier rendez-vous, ce qu’il aimerait apprendre, ce qu’il se voit faire dans quatre ans. La préparation sépare l’échange utile du formulaire rempli en dix minutes.

Le déroulé se cale en quatre temps :

  • Rappel du cadre et de ce que l’entretien n’est pas, deux minutes suffisent.
  • Retour sur la période écoulée : évolutions du poste, formations suivies, certifications obtenues.
  • Projection : compétences à acquérir, souhaits de mobilité, information sur le conseil en évolution professionnelle et le compte personnel de formation.
  • Conclusion partagée : deux ou trois actions, chacune avec un porteur et une échéance.

Rédigez le compte rendu dans la foulée, jamais trois semaines plus tard. Les demandes qui remontent nourrissent le plan de formation, mais aussi l’anticipation des départs, un sujet traité dans notre article sur la transmission des savoir-faire.

Prochaine étape : listez vos salariés par date d’entrée, repérez ceux dont le dernier entretien remonte à plus de trois ans, et bloquez leurs créneaux avant la fin du trimestre. L’exercice prend deux heures et solde l’essentiel du risque.

Couloir vitré d’un petit bâtiment d’entreprise traversé par la lumière naturelle

Questions fréquentes

Tous les combien de temps l’entretien professionnel doit-il avoir lieu ?

Depuis la loi du 24 octobre 2025, le rythme est passé de deux à quatre ans. Chaque salarié bénéficie d’un premier entretien de parcours professionnel dans l’année qui suit son embauche, puis d’un entretien tous les quatre ans. L’état des lieux récapitulatif du parcours intervient tous les huit ans, contre six ans auparavant. Les entreprises couvertes par un accord portant sur la périodicité conservent leur calendrier jusqu’au 1er octobre 2026.

L’entretien annuel d’évaluation remplace-t-il l’entretien professionnel ?

Non. L’entretien annuel d’évaluation porte sur la performance et les objectifs, et aucun texte général du Code du travail ne l’impose : il découle d’une convention collective, d’un accord d’entreprise ou du contrat de travail. L’entretien de parcours professionnel relève de l’article L6315-1 et regarde vers l’avenir. Les deux rendez-vous se tiennent parfois le même jour, à condition de les séparer nettement et de rédiger deux comptes rendus distincts.

Un salarié peut-il refuser l’entretien de parcours professionnel ?

Le salarié garde la possibilité de ne pas s’y rendre, et ce refus ne constitue pas en lui-même une faute disciplinaire dans la plupart des situations. L’obligation pèse sur l’employeur, qui doit organiser et proposer l’entretien. Conservez la convocation écrite et la trace du refus : ces pièces suffisent à démontrer que l’obligation légale a été remplie. Le salarié garde aussi la faculté de refuser de signer le compte rendu.

Que risque une entreprise qui n’organise pas ces entretiens ?

Dans les entreprises d’au moins cinquante salariés, l’état des lieux récapitulatif déclenche un abondement correctif de 3 000 euros sur le compte personnel de formation du salarié. La Cour de cassation, dans son arrêt du 21 janvier 2026, a rappelé que cette sanction suppose deux conditions cumulatives : l’absence des entretiens et l’absence de toute formation non obligatoire sur la période. En dessous de ce seuil, le risque prend la forme de dommages et intérêts fondés sur l’article L6321-1.

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