Un plan de développement des compétences liste les formations que l’entreprise décide de financer pour ses salariés sur une période donnée. Aucun texte n’impose de le rédiger. Le Code du travail impose son résultat : garder chaque salarié capable de tenir son poste. Voici comment le construire en une demi-journée, sans service RH.
Ce que la loi exige, et ce qu’elle laisse à votre main
L’article L6321-1 du Code du travail pose deux devoirs à tout employeur, sans condition d’effectif : assurer l’adaptation des salariés à leur poste de travail, et veiller au maintien de leur capacité à occuper un emploi au regard de l’évolution des emplois, des technologies et des organisations.
Aucune ligne de ce texte n’exige un document formalisé. La chambre sociale de la Cour de cassation en contrôle pourtant l’exécution de près : un salarié resté plusieurs années sans aucune action de formation peut obtenir des dommages et intérêts devant le conseil de prud’hommes, sans même avoir été licencié. Le préjudice réparé tient à la perte d’employabilité, pas à la rupture du contrat.
Cette nuance change la façon d’aborder le sujet. Vous n’avez pas à produire un dossier de vingt pages pour un OPCO. Vous avez à démontrer, le jour où la question se pose, que chaque salarié a bénéficié d’actions cohérentes avec l’évolution de son métier. Une feuille datée, signée, conservée trois ans, remplit cette fonction mieux qu’un classeur jamais ouvert.
Le plan couvre les actions décidées par l’entreprise. Le compte personnel de formation appartient au salarié, qui l’utilise sans avoir à vous en informer lorsqu’il se forme hors temps de travail. Confondre les deux conduit à croire son obligation remplie parce qu’un collaborateur s’est formé de son côté. Les actions relevant du plan se déroulent sur le temps de travail et restent rémunérées comme tel.
Les chiffres montrent que cette obligation reste théorique dans beaucoup de petites structures. Selon l’enquête Formation Employeur annuelle, co-produite par le Céreq, la Dares et France compétences, un quart des entreprises de moins de dix salariés ont formé au moins un de leurs salariés en 2021. Ce taux tombe à seize pour cent pour celles n’employant qu’une personne. Les très petites entreprises pèsent quatre-vingt-quatre pour cent des employeurs privés et près d’un quart de l’emploi salarié, mais seulement un dixième des salariés formés.
Repérer les besoins réels avant de chercher des formations
L’erreur classique consiste à démarrer par un catalogue. Vous parcourez une offre, un intitulé vous parle, vous inscrivez quelqu’un. Six mois plus tard, personne ne saurait dire ce que cette journée a changé.
Trois sources produisent un besoin légitime
Le premier gisement, c’est votre trajectoire. Un nouveau marché visé, une machine achetée, un logiciel de gestion déployé, une norme qui entre en vigueur dans votre secteur : chacune de ces décisions crée un écart entre ce que vos équipes savent faire et ce que l’activité va exiger. Ce type de besoin se repère en relisant vos six derniers mois de décisions, pas en interrogeant les salariés.
Le deuxième vient du poste lui-même. Un collaborateur passe une part croissante de son temps sur une tâche qu’il exécute lentement, avec des reprises. L’écart n’est pas toujours un problème de motivation. Sur les fonctions administratives, il précède souvent une réflexion sur l’automatisation des tâches répétitives, qui redéfinit le contenu du poste avant de définir la formation utile.
Le troisième relève de l’obligation pure : habilitations électriques, conduite d’engins, hygiène alimentaire, secourisme, renouvellements périodiques. Ces actions ne se discutent pas et occupent une part fixe de votre effort de formation. Recensez leurs échéances avant tout le reste, elles conditionnent votre calendrier.

L’entretien professionnel, votre collecteur légal
L’article L6315-1 du Code du travail impose un entretien professionnel tous les deux ans avec chaque salarié, quelle que soit la taille de l’entreprise. Cet échange porte exclusivement sur les perspectives d’évolution professionnelle et les besoins en formation. Il ne se confond pas avec l’entretien annuel d’évaluation, qui juge la performance : mélanger les deux transforme la discussion en négociation salariale déguisée et tue la parole sur les compétences.
Tous les six ans, ce rendez-vous devient un état des lieux récapitulatif du parcours professionnel. Un document écrit est rédigé et une copie remise au salarié. Il vérifie que les entretiens biennaux ont bien eu lieu et apprécie si l’intéressé a acquis des éléments de certification par la formation, ou connu une progression salariale ou professionnelle. Dans les entreprises d’au moins cinquante salariés, un manquement constaté à cette échéance déclenche un abondement correctif du compte personnel de formation, à la charge de l’employeur.
Une petite structure gagne à traiter ces entretiens sur une même quinzaine, chaque année paire par exemple. Vous sortez de la série avec la matière brute du plan, et la trace écrite que le Code exige.
Trier les besoins : la matrice qui tient sur une feuille
Un recensement honnête produit toujours plus de demandes que de budget. Le tri se fait sur deux axes seulement : l’effet sur l’activité et l’échéance.
| Effet sur l’activité | Échéance | Décision |
|---|---|---|
| Bloque une obligation réglementaire | Datée | Programmée en premier, budget réservé |
| Conditionne un chantier engagé | Cette année | Retenue, calée avant le démarrage du chantier |
| Améliore une tâche existante | Souple | Retenue si un format court existe |
| Répond à un projet personnel du salarié | Souple | Orientée vers le compte personnel de formation |
Cette matrice de tri évite deux travers symétriques. Le premier consiste à ne financer que le réglementaire, ce qui laisse les compétences métier vieillir sans bruit. Le second consiste à dire oui à toutes les envies, jusqu’à ce que le budget explose et que le plan de l’année suivante soit purement et simplement supprimé.
Un arbitrage mérite d’être explicite : formez en priorité les personnes qui feront ensuite monter les autres. Un salarié formé qui transmet vaut deux salariés formés qui gardent leur savoir. Cette logique rejoint celle de la délégation en PME, où la montée en autonomie d’un collaborateur libère du temps de dirigeant de façon durable.
Former en interne : le levier que les petites structures sous-utilisent
L’envoi en centre de formation reste la modalité réflexe. Elle coûte cher en trésorerie et en absence, et elle n’est plus la seule reconnue.
La loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel a réécrit l’article L6313-2 du Code du travail. Une action de formation y est définie comme un parcours pédagogique permettant d’atteindre un objectif professionnel, réalisable en tout ou partie à distance, ou en situation de travail. Cette dernière mention a donné un statut légal à l’action de formation en situation de travail, appelée AFEST dans le langage courant.
Le dispositif obéit à quatre conditions cumulatives, et c’est leur respect qui distingue une AFEST d’un simple compagnonnage :
- L’analyse préalable de l’activité de travail, adaptée si besoin à des fins pédagogiques.
- La désignation d’un formateur, qui peut exercer une fonction tutorale.
- La mise en place de phases réflexives distinctes des mises en situation, où le salarié revient sur ce qu’il vient de faire.
- Des évaluations spécifiques des acquis, qui jalonnent ou concluent le parcours.
Ces phases réflexives font toute la différence. Un salarié qui observe puis exécute apprend un geste. Un salarié qui explique ensuite pourquoi il a procédé ainsi construit une compétence transférable. Le formateur interne n’a pas besoin d’être pédagogue de métier, il doit ménager ce temps de retour et poser des questions ouvertes.
Deux autres modalités méritent leur place dans un plan de petite entreprise : le binôme temporaire sur une tâche critique, et la documentation des procédures par celui qui les maîtrise. Aucune des deux ne remplace une formation certifiante, mais elles réduisent la dépendance à une seule personne, ce qui reste le premier risque humain d’une TPE.

Chiffrer le coût complet, pas seulement la facture pédagogique
Le prix affiché par l’organisme ne représente qu’une fraction de ce que la formation coûte réellement. Trois lignes s’y ajoutent systématiquement.
La rémunération maintenue pendant l’absence en constitue la plus lourde dans une petite structure. À cela s’ajoutent les frais annexes, transport et hébergement, souvent ignorés au moment de l’arbitrage. Vient enfin le coût de remplacement : heures supplémentaires d’un collègue, report de production, réponse client différée.
Ce coût complet modifie les décisions. Une formation à distance légèrement plus chère peut sortir gagnante face à un présentiel à deux cents kilomètres. Un format en trois demi-journées peut battre une journée pleine si votre activité supporte mal une absence complète.
Le financement se cherche ensuite auprès de votre opérateur de compétences, qui varie selon votre branche. Les modalités de prise en charge évoluent régulièrement, notamment pour les entreprises de moins de cinquante salariés : vérifiez les conditions en vigueur au moment où vous montez le dossier, jamais sur la base de ce qu’un confrère a obtenu deux ans plus tôt. Cette dépense se planifie comme les autres, dans la logique de suivi décrite pour le pilotage quotidien de la trésorerie d’une TPE.
Rédiger le plan sur une page et le tenir
Le document utile tient sur une seule page. Il comporte pour chaque action : le salarié concerné, la compétence visée formulée en verbe d’action, la modalité retenue, le trimestre, le coût estimé et le financement envisagé.
Ajoutez une colonne que la plupart des modèles oublient : ce qui devra avoir changé dans le travail réel trois mois après. Sans cette ligne, l’action se juge sur la satisfaction du participant, jamais sur son effet.
Le calendrier se cale sur votre saisonnalité, pas sur l’année scolaire. Une entreprise du bâtiment forme en janvier, un commerce évite novembre et décembre, un cabinet comptable ne programme rien avant juin. Ce détail conditionne le taux de réalisation du plan bien plus que la qualité des organismes retenus.
Dans les entreprises dotées d’un comité social et économique, la consultation sur les orientations stratégiques et sur la politique sociale porte notamment sur la formation. Anticipez ce calendrier : un plan présenté après engagement des dépenses vide la consultation de son sens et fragilise la démarche.
Votre propre montée en compétence appartient au même exercice. Les dispositifs ouverts aux dirigeants diffèrent de ceux des salariés, et le sujet mérite un temps distinct : les formations certifiantes destinées aux dirigeants répondent à des logiques de financement propres.

Vérifier que la formation a produit quelque chose
Le modèle le plus utilisé pour évaluer une action reste celui de Donald Kirkpatrick, professeur à l’université du Wisconsin, présenté en 1959 et actualisé par ses héritiers dans une version publiée en 2016. Il distingue quatre niveaux, du plus facile à mesurer au plus utile.
| Niveau | Ce qu’il mesure | Traduction pour une petite entreprise |
|---|---|---|
| Réaction | La satisfaction du participant | Trois questions à la sortie, pas un formulaire |
| Apprentissage | Les connaissances acquises | Le salarié explique la méthode à un collègue |
| Comportement | La mise en pratique au poste | Observation du travail réel, six à huit semaines après |
| Résultats | L’effet sur l’activité | Un indicateur choisi avant la formation |
La plupart des entreprises s’arrêtent au premier niveau, qui ne prédit presque rien. Un participant peut adorer une journée sans rien changer à sa pratique. Le niveau comportement est celui qui compte : il se vérifie en regardant travailler, pas en envoyant un questionnaire.
Certains acquis ne se mesurent pas par un indicateur de production. Une progression sur les compétences relationnelles se constate dans la qualité des échanges internes et la baisse des frictions, un terrain détaillé dans notre analyse des soft skills de l’entrepreneur.

Les erreurs qui vident un plan de sa substance
Quatre travers reviennent dans les petites structures, indépendamment du secteur.
Former en urgence après un incident donne l’illusion d’agir. La compétence manquante était identifiable des mois plus tôt, et la formation réactive coûte plus cher pour un effet moindre.
Envoyer une personne pour toute l’équipe crée un point de fragilité de plus. Sans temps de restitution prévu au retour, le savoir reste chez celui qui part le premier.
Réserver la formation aux salariés déjà les plus qualifiés creuse les écarts internes et démobilise le reste de l’équipe. Les enquêtes publiques sur la formation continue observent régulièrement cet effet cumulatif.
Reporter le plan à un mois plus calme revient à ne jamais le faire. Le mois calme n’arrive pas.
Prochaine étape : bloquez deux heures, listez vos salariés et notez pour chacun la dernière action de formation suivie. Les lignes vides depuis plus de deux ans constituent votre plan de l’année, avant même d’avoir ouvert un catalogue.
Questions fréquentes
Le plan de développement des compétences est-il obligatoire pour une TPE ?
Aucun texte n’impose de rédiger un document formalisé, quelle que soit la taille de l’entreprise. L’article L6321-1 du Code du travail impose le résultat : assurer l’adaptation des salariés à leur poste et veiller au maintien de leur capacité à occuper un emploi. Un salarié resté des années sans aucune action de formation peut saisir le conseil de prud’hommes sur ce fondement, sans avoir été licencié. Écrire le plan reste le moyen le plus simple de prouver que l’obligation a été remplie.
Quelle différence entre le plan de développement des compétences et le CPF ?
Le plan relève de l’initiative de l’employeur : il choisit les actions, les finance, les organise, et la formation se déroule sur le temps de travail, rémunérée comme tel. Le compte personnel de formation appartient au salarié, qui décide seul de son usage et n’a pas à informer son employeur lorsqu’il se forme hors temps de travail. Les deux se complètent : le plan couvre le besoin de l’entreprise, le compte personnel couvre le projet du salarié.
À quelle fréquence l’entretien professionnel doit-il être organisé ?
Tous les deux ans pour chaque salarié, quel que soit l’effectif, selon l’article L6315-1 du Code du travail. Cet entretien porte sur les perspectives d’évolution professionnelle et les besoins en formation, jamais sur l’évaluation de la performance. Tous les six ans, un état des lieux récapitulatif du parcours donne lieu à un document écrit remis au salarié, qui vérifie la tenue des entretiens et apprécie les certifications obtenues ou la progression salariale et professionnelle.
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