L’affichage obligatoire en entreprise repose sur un socle réduit : coordonnées de l’inspection du travail, de la médecine du travail et des secours, consigne incendie, horaires collectifs, avis d’accès au document unique, interdiction de fumer et de vapoter. Le reste se communique par tout moyen. Les seuils de onze et cinquante salariés ajoutent des mentions.
Affiché ou porté à connaissance : deux régimes distincts
Le code du travail sépare deux obligations que beaucoup de dirigeants confondent. Certaines informations restent affichées sur un support visible dans les locaux. D’autres sont portées par tout moyen à la connaissance des salariés, formule qui accepte le courriel, l’intranet, la note remise en main propre ou le livret d’accueil.
Cette bascule s’est faite texte par texte, au milieu des années 2010. La rédaction en vigueur de l’article R. 1321-1, celui qui traite du règlement intérieur, date d’octobre 2016 d’après le code du travail numérique. Les obligations liées à la sécurité immédiate, elles, sont restées physiques.
Le résultat se voit dans la plupart des locaux visités : un panneau chargé de documents que la loi n’exige plus sous cette forme, à côté de deux ou trois mentions vraiment attendues qui manquent.
Ce que « par tout moyen » suppose quand même
Le support est libre, la preuve ne l’est pas. Un seul texte impose explicitement un moyen conférant date certaine à l’information, l’article L. 2314-4 sur l’organisation des élections professionnelles. Les autres laissent le choix du canal, mais l’employeur reste celui qui doit démontrer que l’information a bien circulé.
Quatre supports tiennent devant un contrôle, à condition d’être tracés :
- un espace dédié sur l’intranet, accessible à tous les salariés, avec une capture datée conservée ;
- un courriel nominatif, archivé avec sa date d’envoi ;
- une note remise contre signature, ou accompagnée d’un registre d’émargement ;
- un document annexé au contrat ou au livret d’accueil, daté et signé.
L’erreur qui coûte cher : un intranet auquel les salariés de production n’accèdent pas depuis leur poste. L’information existe sur le papier, pas dans les faits.
Ce qui reste affiché dans les locaux
D’après la fiche du service public d’information des entreprises consacrée aux obligations d’affichage, vérifiée en juillet 2026, six familles de mentions restent affichées, y compris dans une entreprise de deux personnes :
- les coordonnées de l’inspection du travail, de la médecine du travail et des services de secours ;
- les consignes de sécurité et d’incendie ;
- l’horaire collectif de travail et la durée des repos ;
- l’interdiction de fumer et de vapoter ;
- l’avis indiquant les modalités d’accès au document unique ;
- les panneaux réservés aux communications syndicales.
Ce dernier point surprend les petites structures. L’article L. 2142-3 réserve aux sections syndicales des panneaux distincts de ceux du comité social et économique, un exemplaire de chaque communication étant transmis à l’employeur au moment de l’affichage.

Le socle d’affichage obligatoire dès le premier salarié
Secours, inspection du travail, médecine du travail
L’article D. 4711-1 du code du travail impose d’afficher, dans les lieux de travail normalement accessibles aux travailleurs, l’adresse et le numéro d’appel du médecin du travail ou du service de santé au travail compétent, ceux des services de secours d’urgence, et ceux de l’inspection du travail compétente avec le nom de l’inspecteur.
Cette dernière mention tombe régulièrement en défaut. L’agent de contrôle change de secteur, l’affiche reste. Un appel annuel à votre unité de contrôle départementale suffit à tenir la ligne à jour.
Incendie et évacuation
Une consigne incendie est établie et affichée de manière très apparente dans les établissements visés à l’article R. 4227-34, ceux où plus de cinquante personnes se trouvent occupées ou réunies habituellement, et ceux qui manipulent des matières inflammables quelle que soit leur importance. L’article R. 4227-37 en fixe l’emplacement : dans chaque local dès que son effectif dépasse cinq personnes, dans chaque local ou dégagement desservant un groupe de locaux dans les autres cas.
L’article R. 4227-38 liste ce que la consigne indique : le matériel d’extinction et de secours du local, les personnes chargées de le mettre en œuvre, celles chargées de diriger l’évacuation des travailleurs et du public, les mesures propres aux personnes handicapées et aux espaces d’attente sécurisés, les moyens d’alarme, les personnes chargées d’avertir les secours, l’adresse et le numéro du service de secours, enfin le devoir d’alerter pour quiconque aperçoit un début d’incendie. Les établissements situés hors de ce champ établissent des instructions d’évacuation.
Une consigne générique téléchargée puis punaisée sans un mot d’adaptation ne répond à aucun de ces huit points.
Temps de travail et repos
L’article L. 3171-1 impose l’affichage des heures auxquelles commence et finit le travail, ainsi que des heures et de la durée des repos. Quand tous les salariés d’un atelier, d’un service ou d’une équipe suivent le même horaire collectif, l’article D. 3171-1 le fait établir selon l’heure légale.
Deux formalités s’oublient souvent. L’horaire est daté et signé par l’employeur ou par la personne à laquelle il a délégué ce pouvoir, puis affiché en caractères lisibles et apposé de façon apparente dans chacun des lieux de travail concernés, selon l’article D. 3171-2. Un double part à l’agent de contrôle de l’inspection du travail, et l’article R. 3173-1 sanctionne précisément ce défaut de transmission.
Le repos hebdomadaire et les congés payés basculent, eux, du côté de l’information. L’ordre des départs en congé est communiqué par tout moyen à chaque salarié un mois avant son départ, selon l’article D. 3141-6. Aucun tableau punaisé en salle de pause n’est exigé.
Égalité de rémunération, harcèlements, discriminations
Trois blocs de textes se transmettent par tout moyen, aux personnes ayant accès aux lieux de travail comme aux candidats à l’embauche :
- les articles L. 3221-1 à L. 3221-7 sur l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes, avec leurs textes d’application, au titre de l’article R. 3221-2 ;
- le texte des articles 225-1 à 225-4 du code pénal relatifs aux discriminations, au titre de l’article L. 1142-6 ;
- le texte de l’article 222-33-2 du code pénal sur le harcèlement moral, au titre de l’article L. 1152-4, et celui de l’article 222-33 sur le harcèlement sexuel, accompagné des actions contentieuses civiles et pénales ouvertes et des coordonnées des autorités compétentes, au titre de l’article L. 1153-5.
Cette dernière ligne demande un vrai travail de collecte. L’article D. 1151-1 fixe la liste des services à mentionner : médecin du travail ou service de santé au travail compétent, inspection du travail avec le nom de l’inspecteur, Défenseur des droits, référent harcèlement sexuel de l’entreprise à partir de deux cent cinquante salariés, référent du comité social et économique lorsque cette instance existe.
L’avis d’accès au document unique suit une règle à part. L’article R. 4121-4 le fait afficher à une place convenable et aisément accessible dans les lieux de travail, au même emplacement que le règlement intérieur dans les entreprises qui en ont un. Le contenu du document lui-même, ses unités de travail et son plan d’actions relèvent de notre guide du document unique DUERP.

Onze, vingt, cinquante salariés : les seuils qui comptent
Le seuil de vingt salariés a perdu son rôle historique. Le règlement intérieur ne devient obligatoire qu’à partir de cinquante salariés, au terme d’un délai de douze mois selon l’article L. 1311-2, et il est porté par tout moyen à la connaissance des personnes ayant accès aux lieux de travail ou aux locaux où se fait l’embauche, selon l’article R. 1321-1. Les notes internes qui citent encore vingt salariés pour cette obligation sont dépassées.
À partir de onze salariés, l’employeur informe le personnel de l’organisation des élections du comité social et économique, tous les quatre ans, par tout moyen conférant date certaine, le premier tour devant se tenir au plus tard le quatre-vingt-dixième jour suivant cette diffusion, selon l’article L. 2314-4. La liste nominative des membres élus, elle, s’affiche dans les locaux.
| Effectif | Ce qui s’ajoute | Support attendu |
|---|---|---|
| 11 à 49 salariés | Organisation des élections du CSE, procès-verbal de carence, liste nominative des élus | Information à date certaine, puis affichage de la liste |
| 50 salariés et plus | Règlement intérieur, index de l’égalité professionnelle, accord de participation, plan de sauvegarde de l’emploi le cas échéant | Information par tout moyen, publication en ligne pour l’index |
L’index de l’égalité professionnelle obéit à son propre calendrier. L’article D. 1142-4 fixe une publication au plus tard le 1er mars pour les résultats de l’année précédente, de manière visible et lisible sur le site internet de l’entreprise, et par tout moyen à défaut de site. Les données restent consultables jusqu’à la publication suivante.
Une autre obligation se joue sur le terrain de l’information individuelle : la couverture santé collective, dont la notice remise aux salariés figure parmi les pièces réclamées en cas de litige. Ses règles de mise en place sont détaillées dans notre article sur la mutuelle d’entreprise obligatoire.

Panneau, intranet, remise : choisir le bon support
Un panneau d’affichage reste la solution la plus simple pour le socle physique. Son emplacement décide de sa valeur juridique : les textes parlent de lieux de travail normalement accessibles aux travailleurs, et d’une place convenable et aisément accessible. Un panneau accroché dans un bureau fermé à clé ne remplit pas cette condition.
En pratique, trois emplacements fonctionnent : le couloir qui mène aux vestiaires, l’entrée de l’atelier ou du local technique, et la salle de pause, lieu de passage quotidien dont l’aménagement obéit lui aussi à des règles précises, décrites dans notre article sur la salle de pause en entreprise.
Trois situations méritent une adaptation :
- l’entreprise multisite affiche le socle dans chaque établissement, avec les coordonnées de l’unité de contrôle et du service de santé au travail dont il dépend ;
- les salariés itinérants reçoivent les informations sur un support consultable depuis l’extérieur, doublé de l’affichage au siège ;
- les salariés à distance relèvent d’une transmission individuelle tracée, l’affichage dans les locaux ne les atteignant pas.
Conservez les preuves de diffusion avec vos autres pièces sociales, courriels archivés, captures datées et registres signés. Les durées applicables document par document figurent dans notre récapitulatif des durées de conservation des documents d’entreprise.
Contrôle et sanctions : le coût réel d’un panneau vide
L’agent de contrôle de l’inspection du travail vérifie ces mentions dès son arrivée, parce qu’elles se constatent en quelques minutes et sans document préalable. Les sanctions suivent l’échelle des contraventions : 450 euros au maximum pour la troisième classe, 750 euros pour la quatrième, 1 500 euros pour la cinquième, montant porté à 3 000 euros en cas de récidive, d’après le service public.
Le multiplicateur change la donne. Plusieurs textes appliquent l’amende de la quatrième classe autant de fois qu’il y a de personnes employées dans les conditions sanctionnées.
| Manquement constaté | Texte | Sanction |
|---|---|---|
| Documents et affichages de santé et sécurité absents | Article R. 4741-3 | Contravention de 4e classe, par salarié concerné |
| Horaire collectif non affiché ou double non transmis | Articles R. 3173-1 et R. 3173-2 | Contravention de 4e classe, par salarié concerné |
| Avis de convention collective non diffusé | Article R. 2263-1 | Contravention de 4e classe |
| Document unique absent ou non mis à jour | Article R. 4741-1 | Contravention de 5e classe |
Une entreprise de douze salariés dépourvue de l’affichage prévu à l’article D. 4711-1 s’expose donc à un calcul fondé sur douze situations, pas sur un manquement unique. Le document unique relève en outre d’un régime de sanction propre, décrit dans le guide cité plus haut.
Tenir le panneau à jour : une revue annuelle et six déclencheurs
Bloquez une heure par an, au même moment que la mise à jour de votre document unique. Photographiez le panneau, datez le fichier, classez-le avec vos justificatifs sociaux. Cette trace vaut mieux qu’un souvenir devant un agent de contrôle.
Six événements rouvrent le dossier sans attendre la revue annuelle :
- un changement d’agent de contrôle ou d’unité de contrôle de l’inspection du travail ;
- un changement de service de prévention et de santé au travail ;
- un déménagement, l’ouverture d’un site ou le réaménagement d’un local ;
- le franchissement d’un seuil d’effectif, à onze comme à cinquante salariés ;
- l’entrée en vigueur d’une nouvelle convention collective ou la signature d’un accord ;
- une modification des horaires collectifs ou une mise à jour du document unique.
Une liste de contrôle tenue dans un fichier partagé fait le reste : une ligne par mention, la date de dernière vérification, le support utilisé, la personne responsable. Le classeur oublié sur une étagère ne joue pas ce rôle.

Les manquements que l’inspection relève le plus
Les constats se répètent d’une visite à l’autre, et aucun ne demande un gros budget pour être corrigé.
- Le nom de l’inspecteur ou l’adresse du service de santé au travail datent de plusieurs années.
- Le panneau se trouve dans un local que les salariés ne traversent jamais.
- L’horaire collectif est affiché sans date ni signature, et son double n’est jamais parti vers l’inspection du travail.
- La consigne de sécurité incendie décrit des locaux qui ne sont plus ceux de l’entreprise.
- L’avis d’accès au document unique manque, alors que le document existe et se tient à jour.
- Les textes sur les harcèlements sont diffusés sans les coordonnées des autorités prévues à l’article D. 1151-1.
- Le règlement intérieur reste sur un serveur auquel une partie de l’équipe n’a pas accès.
Prochaine étape : imprimez la liste des six mentions physiques, faites le tour de vos locaux avec un stylo, et corrigez sur place ce qui manque. Une demi-journée suffit pour sortir du risque de sanction, et la photo datée du panneau clôt le sujet pour un an.
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