Chaleur au travail : ce que le dirigeant doit prévoir avant l'été
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Chaleur au travail : ce que le dirigeant doit prévoir avant l'été

Laurent Dufresne 10 min de lecture

Pour prévenir la chaleur au travail, le dirigeant agit au printemps, pas à la première alerte. Il évalue le risque poste par poste, l’inscrit au document unique, prépare des mesures sur les locaux et sur l’organisation, puis fixe ce qui change à chaque niveau de vigilance canicule. Depuis juillet 2025, le Code du travail l’encadre par des règles dédiées.

Prévenir la chaleur au travail : partir des postes réels

L’article R4463-2 du Code du travail charge l’employeur d’évaluer les risques liés aux épisodes de chaleur intense, qu’il s’agisse de postes intérieurs ou extérieurs. Si un danger apparaît, il arrête des actions de prévention, rattachées au document unique.

L’évaluation du risque chaleur se mène au pied de chaque poste, pas depuis une trame générique. Repérez en priorité :

  • les postes sous une toiture métallique, derrière un vitrage exposé au sud ou en plein air ;
  • les machines qui dégagent de la chaleur : four, presse, compresseur, soudure ;
  • les tâches physiques et les tenues qui retiennent la chaleur du corps ;
  • les salariés qui travaillent seuls ou à l’écart ;
  • les intérimaires et nouveaux arrivants, pas encore acclimatés.

Selon l’INRS, la température de l’air n’est qu’un facteur parmi d’autres : humidité, mouvements d’air, rayonnement solaire, effort, tenue et organisation pèsent aussi sur la contrainte thermique. L’institut écrit que « la réglementation ne prévoit pas de température à partir de laquelle il convient d’agir en prévention ». Il retient deux valeurs à titre de repères, jamais de seuils légaux : 30 °C pour un travail sédentaire, 28 °C pour un travail physique, des situations pouvant rester dangereuses en dessous.

Ce que le décret n° 2025-482 a inscrit dans le Code du travail

Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, applicable depuis le 1er juillet 2025, a créé dans le Code du travail des articles propres aux épisodes de chaleur intense, à partir de l’article R4463-1. L’épisode est défini par référence au dispositif de Météo-France, dans des conditions fixées par arrêté ; la DREETS Nouvelle-Aquitaine cite les seuils jaune, orange et rouge de la vigilance « canicule ».

Au-delà de l’évaluation, ces articles posent des obligations concrètes :

  • fournir pendant un épisode assez d’eau potable fraîche, avec un moyen de la garder au frais près des postes toute la journée (R4463-4) ;
  • adapter les mesures pour un salarié dont l’employeur connaît la vulnérabilité particulière (R4463-5) ;
  • organiser le signalement des malaises et les secours, travailleurs isolés compris (R4463-6) ;
  • appliquer les mesures prévues dès qu’un épisode survient, et les renforcer si la chaleur s’intensifie (R4463-7) ;
  • intégrer la chaleur aux plans de prévention conclus avec les entreprises extérieures et aux documents de coordination des chantiers (R4463-8).

Un employeur qui n’a défini aucune mesure s’expose à une mise en demeure de l’inspection du travail, rappelle la même DREETS.

Locaux : freiner la chaleur, renouveler l’air, rafraîchir les postes

Plusieurs leviers de l’article R4463-3 visent le bâtiment : modifier l’aménagement des lieux et des postes, réduire le rayonnement solaire sur les surfaces exposées, par l’isolation par exemple, et empêcher la chaleur de s’accumuler dans les locaux. Un texte plus ancien, l’article R4222-1, impose déjà de renouveler l’air des locaux fermés pour éviter les « élévations exagérées de température ».

Commencez par ce qui arrête la chaleur à la source, souvent le moins coûteux :

  • stores ou brise-soleil extérieurs sur les vitrages exposés ;
  • isolation ou revêtement clair d’une toiture qui surchauffe ;
  • écran devant une machine qui rayonne, évacuation de l’air chaud au-dessus d’un four ;
  • ouverture des portes et lanterneaux la nuit ou tôt le matin, quand la sûreté du site le permet.

Dans un atelier ou un entrepôt de grand volume, ces mesures ne suffisent pas toujours pendant les fortes chaleurs : il reste à rafraîchir l’air autour des postes occupés. C’est la question à laquelle répond oberA, fabricant alsacien d’équipements qui traitent l’air, dans son guide pour choisir un rafraîchisseur d'air industriel. Vous y trouverez le principe du refroidissement par évaporation d’eau, une mise en regard du rafraîchisseur et du climatiseur, et une méthode de dimensionnement qui part de trois données de votre site : la superficie, la hauteur sous plafond et la chaleur dégagée par vos procédés. De quoi transformer votre relevé de terrain en demande précise auprès des fournisseurs. Pour un bureau ou une salle fermée, un climatiseur convient très bien ; dans tous les cas, l’appareil choisi s’accompagne d’un air bien renouvelé et d’horaires ajustés.

Une fois la solution arrêtée, reportez-la dans le document unique, à la ligne de l’unité de travail concernée, avec un responsable et une échéance. Présentez-la ensuite aux salariés de la zone, et au CSE lorsqu’il existe. Notre méthode pour actualiser le document unique détaille cette mise à jour.

Atelier de montage aux stores extérieurs baissés, rafraîchisseur mobile gris orienté vers un établi

Horaires, pauses, eau : organiser les journées chaudes

Le même article R4463-3 traite l’organisation : horaires adaptés pour limiter la durée et l’intensité de l’exposition, périodes de repos, équipements de travail appropriés.

Décaler et alléger les tâches

Préparez dès le printemps un horaire d’été, prêt à être activé : prise de poste avancée, tâches lourdes regroupées en début de journée, travaux en plein air sortis de l’après-midi. L’INRS conseille aussi d’augmenter les pauses, de limiter l’effort physique et d’alterner les affectations, pour qu’aucun salarié ne reste toute la journée au poste le plus chaud. Vérifiez au passage votre convention collective et vos accords sur les horaires.

L’eau, une obligation précise

En temps normal déjà, l’article R4225-2 oblige l’employeur à offrir aux salariés de l’eau potable et fraîche pour se désaltérer et se rafraîchir. Pendant un épisode de chaleur intense, l’article R4463-4 exige en plus une quantité suffisante, gardée au frais près des postes. Sur les chantiers privés d’eau courante, l’article R4534-143 fixe un minimum de trois litres par jour et par travailleur.

Une fontaine raccordée au réseau, des gourdes individuelles et une glacière pour les équipes mobiles couvrent l’essentiel. Un lieu de repos frais complète le dispositif : notre guide pour aménager une salle de pause rappelle les règles de ces espaces.

Fontaine à eau grise dans un coin d’atelier, mains qui remplissent une gourde métallique

Informer avant l’été, pas pendant

Dernier levier de l’article R4463-3 : l’information et la formation des salariés sur la conduite à tenir par forte chaleur. Une courte réunion d’équipe en mai pose les repères : boire régulièrement sans attendre la soif, signaler un collègue qui semble mal, connaître le circuit d’alerte. Les intérimaires et saisonniers reçoivent la même consigne le jour de leur arrivée.

Vigilance canicule : un plan écrit et des publics à protéger

Une consigne par couleur de vigilance

Désignez une personne qui suit chaque jour, pendant l’été, la vigilance canicule publiée par Météo-France, et un remplaçant pour ses congés. Écrivez ensuite ce que chaque couleur déclenche dans votre entreprise. À titre d’exemple :

  • jaune : rappel des consignes, contrôle des points d’eau, tâches lourdes avancées le matin ;
  • orange : horaire d’été activé, pauses plus fréquentes, surveillance entre collègues, report des tâches qui peuvent attendre ;
  • rouge : point quotidien sur chaque poste exposé, report de tout ce qui n’est pas indispensable.

L’INRS précise qu’en vigilance rouge, si l’évaluation montre que les mesures prises sont insuffisantes, l’employeur doit décider l’arrêt des travaux. Prévoyez donc dès maintenant le sort des commandes urgentes et la manière de prévenir vos clients.

Aire de pause à l’ombre d’une voile tendue dans la cour arrière d’un atelier

Les salariés à protéger en priorité

Quand l’employeur apprend qu’un salarié est particulièrement vulnérable à la chaleur, en raison notamment de son âge ou de son état de santé, l’article R4463-5 l’oblige à adapter les mesures avec le service de prévention et de santé au travail, dans le respect du secret médical. Les jeunes de moins de dix-huit ans forment un cas à part : l’article D4153-36 interdit de les affecter à des travaux qui les exposent à une température extrême susceptible de nuire à leur santé. Gardez ce point en tête si vous recrutez un apprenti au printemps.

Malaise : qui fait quoi

L’article R4463-6 demande de fixer à l’avance la façon de signaler un malaise ou une détresse et d’organiser les secours, en particulier pour les travailleurs isolés. L’INRS liste des signaux à prendre au sérieux : crampes, vertiges, maux de tête, nausées, épuisement, transpiration excessive, qui peuvent précéder une déshydratation ou un coup de chaleur. La consigne générale, rappelée par la DREETS Nouvelle-Aquitaine : alerter les secours au 15 ou au 112, faire cesser l’activité, rafraîchir la personne. Affichez les numéros utiles avec les autres mentions d’affichage obligatoire et vérifiez que chaque équipe sait qui appeler.

Droit de retrait par forte chaleur : ce que prévoit le texte

L’article L4131-1 du Code du travail impose au salarié d’alerter l’employeur de toute situation dont il a un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, et l’autorise à s’en retirer. Aucune température ne déclenche ce droit d’office : tout dépend de la situation concrète du poste.

Pour le dirigeant, un retrait par forte chaleur signale souvent une mesure qui manque. Allez voir le poste, corrigez ce qui se corrige tout de suite (eau, pause, horaire, appareil), puis consignez la situation et la réponse apportée dans le document unique. Tant que le danger persiste, le texte vous interdit de demander au salarié de reprendre son activité.

Prochaine étape : rédigez dès maintenant votre page de consignes d’été, une ligne par couleur de vigilance, et soumettez-la à l’équipe avant juin. Le matin où votre département passera en orange, il ne restera qu’à l’appliquer.

Un guide de choix signé oberA

Le guide publié par oberA vise les responsables de site qui veulent rafraîchir un atelier, un entrepôt ou un hall de production. Sa règle de départ se retient facilement : le modèle se détermine d’après la superficie à couvrir, la hauteur sous plafond et la chaleur dégagée par les procédés. La page explique aussi le refroidissement par évaporation d’eau, situe le rafraîchisseur par rapport au climatiseur et aborde l’entretien courant de l’appareil. L’entreprise qui le signe produit en Alsace des rafraîchisseurs, ainsi que d’autres appareils destinés à traiter l’air des lieux de travail, de l’aspiration des poussières à la purification. Pour un dirigeant, il sert d’appui pour comparer les propositions de plusieurs fournisseurs.

Ce qui revient le plus chez les employeurs

Le risque chaleur a-t-il sa place dans le document unique ?

Oui, dès que des salariés peuvent y être exposés. L’article R4463-2 du Code du travail demande d’évaluer les risques liés aux épisodes de chaleur intense, en intérieur comme en extérieur, puis de définir des mesures lorsqu’un danger apparaît. Ces mesures rejoignent la liste d’actions ou le programme de prévention rattaché au document unique. Décrivez les postes concernés, les mesures retenues et la personne chargée de les suivre, puis relisez l’ensemble avant chaque été.

Un salarié qui se retire par forte chaleur peut-il perdre son salaire ?

Pas s’il remplit les conditions du droit de retrait. L’article L4131-3 du Code du travail interdit toute sanction et toute retenue de salaire contre le salarié qui s’est retiré d’une situation dont il avait un motif raisonnable de penser qu’elle présentait un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. Une température élevée ne suffit pas à elle seule : tout dépend du poste. Hors de ce cadre, le retrait ne bénéficie pas de cette protection, d’où l’intérêt d’en parler vite avec le salarié.

Qu’est-ce que le décret du 27 mai 2025 change pour l’employeur ?

Depuis le 1er juillet 2025, le Code du travail rattache la prévention de la chaleur au dispositif de vigilance de Météo-France, sans fixer de température limite. L’employeur évalue ce risque, prévoit des mesures sur les locaux et l’organisation, fournit assez d’eau potable fraîche pendant les épisodes, adapte la protection des salariés vulnérables avec le service de santé au travail, organise l’alerte en cas de malaise et renforce son dispositif quand la chaleur s’intensifie.

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