La durée de conservation des documents d’entreprise repose sur trois délais : dix ans pour les pièces comptables, six ans pour les documents fiscaux, cinq ans pour la paie et les contrats. Le délai fiscal passe à dix ans le 1er janvier 2027. Chaque famille de documents obéit à sa propre règle, du bulletin de salaire au dossier de sinistre.
Trois horloges qui ne tournent pas à la même vitesse
Un même document répond souvent à plusieurs obligations. Une facture fournisseur sert de pièce comptable, de justificatif fiscal et de preuve commerciale. Trois textes fixent alors trois durées différentes, et la plus longue commande le classement.
Le réflexe utile tient en une phrase : cherchez les régimes qui concernent le document, puis retenez le maximum. Cette méthode écarte l’erreur la plus fréquente, la destruction d’un relevé bancaire encore utile devant un tribunal de commerce.
Le délai comptable : dix ans après la clôture
L’article L. 123-22 du code de commerce tient en une ligne : les documents comptables et les pièces justificatives sont conservés pendant dix ans. Livre-journal, grand livre, livre d’inventaire, bilans, comptes de résultat et annexes en relèvent, au même titre que les factures clients et fournisseurs, les bons de commande ou les contrats de leasing.
Le point de départ compte autant que la durée. D’après Bpifrance Création, ces dix ans courent à compter de la clôture de l’exercice, pas de la date inscrite sur la facture. Une facture de janvier 2026 rattachée à un exercice clos le 31 décembre 2026 se garde donc jusqu’à la fin de 2036.
Le délai fiscal : six ans, dix à partir de 2027
L’article L. 102 B du livre des procédures fiscales impose six ans pour les livres, registres, documents ou pièces sur lesquels s’exercent les droits de communication, d’enquête et de contrôle de l’administration. Le décompte démarre à la date de la dernière opération mentionnée sur les registres, ou à la date d’établissement du document.
Ce délai reste plus court que le délai comptable dans la majorité des situations. Il change de dimension au 1er janvier 2027, pour une raison détaillée plus bas.
La prescription : ce qui fixe le vrai risque
Les durées légales protègent surtout face à un contrôle. La prescription, elle, dessine la fenêtre pendant laquelle un tiers peut agir contre vous, ou vous contre lui. L’article L. 110-4 du code de commerce retient cinq ans pour les obligations nées entre commerçants ou entre commerçants et non-commerçants. L’article 2224 du code civil fixe la même durée pour les actions personnelles ou mobilières.
Conséquence concrète : jeter un contrat commercial au bout de trois ans revient à se désarmer pendant les deux années où le litige reste ouvert. Le sujet touche directement la gestion des impayés clients, où la facture, le bon de commande et le bon de livraison forment la seule preuve exploitable.

Durée de conservation des documents d’entreprise, famille par famille
Deux tableaux couvrent la quasi-totalité des documents produits par une TPE ou une PME. Le premier rassemble la gestion courante, le second tout ce qui touche aux salariés. Les durées indiquées sont des minimums : rien n’interdit de conserver plus longtemps, à condition de rester cohérent avec les règles de protection des données.
Comptabilité, fiscalité, banque et contrats
| Document | Durée de conservation | Texte de référence |
|---|---|---|
| Livres et registres comptables, bilan, compte de résultat, annexe | 10 ans à compter de la clôture de l’exercice | Article L. 123-22 du code de commerce |
| Factures clients et fournisseurs, bons de commande, pièces justificatives | 10 ans à compter de la clôture de l’exercice | Article L. 123-22 du code de commerce |
| Justificatifs d’impôts et de taxes : IS, TVA, CFE, CVAE | 6 ans, porté à 10 ans au 1er janvier 2027 | Article L. 102 B du livre des procédures fiscales |
| Relevés bancaires, talons de chèques, ordres de virement | 5 ans | Article L. 110-4 du code de commerce |
| Contrats commerciaux et correspondance commerciale | 5 ans | Article L. 110-4 du code de commerce |
| Contrats conclus par voie électronique au-delà de 120 euros | 10 ans | Article L. 213-1 du code de la consommation |
| Acquisition et cession d’un bien immobilier ou d’un fonds de commerce | 30 ans | Article 2227 du code civil |
| Polices d’assurance, quittances et avis d’échéance | Durée du contrat, plus 2 ans | Article L. 114-1 du code des assurances |
| Statuts et pièces modificatives | 5 ans à compter de la radiation | Article 2224 du code civil |
Deux lignes méritent un commentaire immédiat. Les contrats conclus par voie électronique au-delà de 120 euros relèvent d’un régime propre, fixé par l’article L. 213-1 du code de la consommation, avec dix ans de conservation à la charge du professionnel. Les polices d’assurance suivent la prescription biennale de l’article L. 114-1 du code des assurances, deux ans après la fin du contrat, sauf sinistre corporel dont le dossier se garde dix ans à compter de la consolidation du dommage, au titre de l’article 2226 du code civil.
La question des trente ans revient souvent, et la réponse est étroite : elle vise les actes d’acquisition ou de cession portant sur un immeuble ou un fonds de commerce, calés sur l’article 2227 du code civil. Les jugements, ordonnances et transactions homologuées se conservent quant à eux sans limite de durée, puisqu’un titre exécutoire garde sa valeur bien au-delà des délais d’archivage courants.
Paie, personnel et santé au travail
| Document | Durée de conservation | Texte de référence |
|---|---|---|
| Bulletins de paie, double conservé par l’employeur | 5 ans | Article L. 3243-4 du code du travail |
| Contrats de travail, soldes de tout compte, primes et indemnités | 5 ans | Article 2224 du code civil |
| Registre unique du personnel | 5 ans à compter du départ du salarié | Article R. 1221-26 du code du travail |
| Décompte des horaires et des heures d’astreinte | 1 an | Article D. 3171-16 du code du travail |
| Charges sociales et taxe sur les salaires | 3 ans, plus l’année en cours | Article L. 244-3 du code de la sécurité sociale |
| Déclarations d’accident du travail auprès de la caisse | 5 ans | Article D. 4711-3 du code du travail |
| Observations de l’inspection du travail, vérifications de sécurité | 5 ans | Article D. 4711-3 du code du travail |
| Document unique et ses versions successives | 40 ans à compter de chaque version | Article L. 4121-3-1 du code du travail |
L’écart entre un an pour le décompte des horaires et quarante ans pour le document unique surprend souvent. La logique se tient pourtant : le premier sert à vérifier une paie récente, le second à retracer une exposition dont les effets se déclarent parfois trois décennies plus tard. Les règles de tenue et de mise à jour du document unique d’évaluation des risques découlent de cette même exigence de traçabilité longue.

Le basculement du 1er janvier 2027
Voilà le changement que la plupart des tableaux en ligne ignorent encore. La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales porte le délai de l’article L. 102 B du livre des procédures fiscales de six à dix ans. La nouvelle rédaction vise les documents dont le délai de conservation expire après le 1er janvier 2027.
Cette formulation mérite une seconde lecture. Une pièce dont les six ans s’achèvent en décembre 2026 reste soumise à l’ancien régime et sort du champ. Une pièce dont les six ans arrivent à terme en 2028 bascule sur dix ans, et se conserve donc quatre années de plus que prévu au moment de son classement.
L’effet pratique est net : le délai fiscal rejoint le délai comptable. Pour la majeure partie des documents de gestion, une règle unique de dix ans remplace la gymnastique actuelle entre deux horloges. La simplification arrive au prix d’un volume d’archives sensiblement plus lourd, papier comme numérique.
Un point de vigilance pour l’automne 2026 : une purge lancée sur la base des six ans risque de détruire des pièces que la loi replace dans le champ des dix ans quelques semaines plus tard. Reportez ces destructions, ou vérifiez ligne à ligne les dates d’expiration avant de sortir le broyeur.
Papier ou numérique : ce que la forme impose
Le support reste libre par principe. Un document se conserve sur papier ou sous forme électronique, à condition que la personne dont il émane puisse être identifiée et que les conditions de conservation garantissent son intégrité, rappelle Bpifrance Création.
Une exception change la donne. L’article L. 102 B du livre des procédures fiscales impose de conserver sous forme informatique les livres, registres, documents ou pièces établis ou reçus sur ce support, pendant toute la durée légale. Réimprimer une facture reçue en PDF pour la ranger dans un classeur ne satisfait donc pas l’obligation.
Le calendrier de la facturation électronique rend le sujet immédiat. À compter du 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent savoir recevoir une facture électronique, tandis que les grandes entreprises et les ETI émettent les leurs à la même date. Les PME et les microentreprises suivent au 1er septembre 2027. Le flux entrant devient structurellement électronique, et son archivage avec lui.
Reste la question de la copie. Une reproduction fidèle et durable de l’original vaut preuve, avec une réserve de taille : hors copies de lettres et de factures établies par l’entreprise elle-même, les documents susceptibles d’être réclamés par les agents des finances publiques se conservent dans leur forme originale. Numériser puis broyer sans distinction expose à un défaut de pièce le jour du contrôle.
Dernier maillon, souvent négligé : un archivage électronique sans redondance ne vaut rien. Un disque externe posé sur une étagère ne constitue pas une archive à dix ans. Les principes d’une sauvegarde et d’un plan de reprise d’activité s’appliquent intégralement aux documents à valeur probante.

Conserver assez, sans conserver trop
Le droit fiscal pousse à garder. Le règlement général sur la protection des données pousse à effacer. Son article 5 fixe le principe de limitation de la conservation : une donnée personnelle ne se garde pas indéfiniment, sa durée se détermine au regard de la finalité poursuivie par le traitement.
La CNIL décrit un cycle de vie en trois temps. La base active couvre la période pendant laquelle la donnée sert l’objectif du traitement, avec un accès ouvert aux services opérationnels. L’archivage intermédiaire prend le relais quand la donnée ne sert plus au quotidien mais garde un intérêt en cas de contentieux, ou répond à une obligation légale : accès restreint aux personnes habilitées, base séparée. L’archivage définitif ne concerne que les documents à valeur historique.
Les durées légales de conservation vivent presque toutes dans le deuxième étage. Un bulletin de paie de 2022 n’a plus rien à faire dans l’outil de gestion courant : sa place est dans un espace cloisonné, jusqu’à l’échéance des cinq ans posée par l’article L. 3243-4 du code du travail.
Quand aucun texte ne fixe de durée, l’entreprise justifie son choix. C’est précisément ce que documente le registre des traitements, ligne par ligne. Le curriculum vitae d’un candidat non retenu illustre la nuance : aucune obligation de conservation, une durée à motiver, un accord de l’intéressé à recueillir pour aller au-delà.
Ce que coûte réellement un trou dans les archives
Aucune sanction spécifique ne frappe la non-conservation en tant que telle, note Bpifrance Création. Le risque se matérialise ailleurs, et il pèse plus lourd que l’amende attendue.
Devant l’administration fiscale, l’absence de pièce justificative fragilise la déduction correspondante et ouvre la voie à une remise en cause de la comptabilité. Le défaut de présentation des documents comptables sous forme dématérialisée dispose, lui, de sa sanction propre, inscrite à l’article 1729 D du code général des impôts.
Devant l’Urssaf, le contrôle porte sur les trois années précédentes et l’année en cours, selon l’article L. 244-3 du code de la sécurité sociale. Un bordereau introuvable se solde par une régularisation calculée sur des bases forfaitaires, toujours défavorables à l’entreprise.
Devant un juge, la logique est plus directe encore : celui qui réclame doit prouver. Sans bon de livraison signé, la créance devient discutable. Sans avenant retrouvé, la clause invoquée n’existe pas.

Organiser l’archivage sans y consacrer ses soirées
Une purge annuelle plutôt qu’un grand ménage
Adossez la revue des archives à la clôture des comptes. Une demi-journée par an suffit à sortir les cartons et les dossiers numériques dont le délai maximal est écoulé, puis à étiqueter l’exercice entrant.
Un plan de classement par famille et par année fait le reste : comptabilité, fiscal, social, contrats, vie de la société. Chaque famille porte sa durée en clair sur l’étiquette ou dans le nom du dossier. La règle se transmet alors sans réunion, y compris à un remplaçant qui découvre le poste.
Après la radiation, qui garde les cartons
La disparition de la société n’efface pas les obligations. Les statuts et leurs pièces modificatives se conservent cinq ans à compter de la radiation, au titre de l’article 2224 du code civil. Les pièces comptables, elles, gardent leurs dix ans, exercice par exercice.
Désignez un dépositaire et un lieu au moment de la clôture de la liquidation, avec un accès organisé pour les anciens associés et les mandataires. Une boîte d’archives orpheline chez un ex-dirigeant devient introuvable le jour où un ancien salarié réclame une attestation ou où l’administration ouvre un contrôle sur un exercice ancien.
Prochaine étape : ressortez le calendrier d’archivage avant la clôture de décembre et repérez les pièces dont les six ans expirent en 2027. Elles changent de régime au 1er janvier, et leur destruction anticipée coûterait quatre années de preuve.
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