Des CGV se rédigent à partir de votre fonctionnement réel, pas d’un modèle téléchargé le matin même. La loi impose un socle de mentions différent selon que vous vendez à un professionnel ou à un particulier. Le reste relève de choix stratégiques : réserve de propriété, plafond de responsabilité, tribunal compétent.
Obligatoires pour les uns, communicables pour les autres
Le régime des conditions générales de vente se lit à deux niveaux. Un vendeur qui traite avec des entreprises et un vendeur qui s’adresse au grand public ne supportent pas du tout la même contrainte, et cette distinction commande toute la rédaction.
Entre professionnels : établies librement, communiquées sur demande
L’article L441-1 du Code de commerce ne force personne à rédiger des conditions générales. Il impose en revanche à toute personne exerçant une activité de production, de distribution ou de services qui en a établi de les communiquer à tout acheteur professionnel qui en fait la demande, sur un support durable. Le refus de communiquer expose à une amende administrative plafonnée à quinze mille euros pour une personne physique et soixante-quinze mille euros pour une personne morale.
Le même texte leur confère un statut singulier : les CGV forment le socle unique de la négociation commerciale entre professionnels. Vos conditions servent de point de départ à la discussion, celles de votre acheteur ne s’imposent pas d’office. Un fournisseur qui n’a rien écrit négocie sur le terrain de l’autre, ce que rappelle la méthode pour gérer ses fournisseurs en TPE-PME.
Le texte autorise aussi des conditions différenciées par catégorie d’acheteurs, grossistes, détaillants ou centrales d’achat, à condition que ces catégories reposent sur des critères objectifs et vérifiables. Un traitement de faveur accordé sans justification devient une discrimination tarifaire attaquable.
Face à un consommateur : une information due avant le paiement
Le Code de la consommation renverse la logique. Son article L111-1 oblige le professionnel à communiquer, avant la conclusion du contrat, les caractéristiques essentielles du bien ou du service, le prix, la date de livraison, son identité et l’existence des garanties légales. En vente à distance, l’article L221-5 allonge cette liste et exige une information sur le droit de rétractation.
Ces obligations ne laissent aucune place au silence. Le défaut d’information précontractuelle expose à une amende administrative de trois mille euros pour une personne physique et quinze mille euros pour une personne morale. Sur un site marchand, les CGV constituent le véhicule normal de cette information.

Le socle de mentions à ne pas manquer
Deux blocs coexistent. Le premier vient du Code de commerce et s’adresse aux acheteurs professionnels. Le second vient du Code de la consommation et protège le particulier.
Pour une vente entre entreprises, l’article L441-1 énumère quatre éléments :
- Les conditions de vente proprement dites : commande, livraison, transfert des risques, réception.
- Le barème des prix unitaires, exprimé hors taxes.
- Les réductions de prix consenties, remises, rabais et ristournes, avec leurs conditions d’octroi.
- Les conditions de règlement : délai, mode de paiement, pénalités de retard et indemnité forfaitaire de recouvrement.
Pour une vente à un consommateur, le contenu s’élargit sensiblement :
- L’identité complète du vendeur, son adresse, ses coordonnées et son numéro d’immatriculation.
- Les caractéristiques essentielles du produit ou de la prestation.
- Le prix toutes taxes comprises, les frais de livraison et les éventuels frais annexes.
- La date ou le délai de livraison, ainsi que les modalités de paiement acceptées.
- La garantie légale de conformité et la garantie des vices cachés, décrites sans les confondre avec une garantie commerciale.
- Le droit de rétractation, ses conditions d’exercice et le formulaire type annexé.
- Les coordonnées du médiateur de la consommation compétent, que les articles L616-1 et R616-1 du Code de la consommation imposent de porter dans les conditions générales.
Un même document peut couvrir les deux publics, à condition de séparer clairement ce qui s’applique aux professionnels et ce qui protège le consommateur. Le mélange produit des clauses inapplicables d’un côté, abusives de l’autre.

Les délais de paiement, la ligne la plus contrôlée
L’article L441-10 du Code de commerce fixe le délai de droit commun à trente jours après réception des marchandises ou exécution de la prestation, en l’absence de stipulation contraire. Les parties peuvent convenir d’un délai plus long, plafonné à soixante jours nets à compter de l’émission de la facture, ou quarante-cinq jours fin de mois si le contrat le prévoit expressément.
Trois éléments doivent figurer noir sur blanc dans vos conditions de règlement. Le taux des pénalités de retard d’abord, qui ne peut descendre sous trois fois le taux d’intérêt légal et s’établit, à défaut de clause, au taux de refinancement de la Banque centrale européenne majoré de dix points. L’indemnité forfaitaire de recouvrement ensuite, fixée à quarante euros par facture impayée. Les conditions d’escompte enfin, ou la mention de leur absence.
Ces pénalités courent de plein droit, sans mise en demeure préalable, dès le lendemain de l’échéance. Encore faut-il les avoir écrites et les réclamer effectivement : la méthode détaillée pour gérer les impayés clients en TPE-PME montre comment ces clauses se transforment en levier de relance plutôt qu’en décor contractuel.
Le dépassement des plafonds légaux se sanctionne lourdement. L’article L441-16 prévoit une amende administrative pouvant atteindre soixante-quinze mille euros pour une personne physique et deux millions d’euros pour une personne morale, la DGCCRF publiant régulièrement ses décisions de sanction.

Garanties et rétractation : le bloc consommateur
Ce chapitre concentre l’essentiel des contentieux de la vente à distance. Rédigez-le en reprenant les textes plutôt qu’en les résumant à votre avantage.
La garantie de conformité de l’article L217-3 du Code de la consommation couvre les défauts pendant deux ans à compter de la délivrance. L’article L217-7 y ajoute une présomption d’antériorité du défaut : vingt-quatre mois pour un bien neuf, douze mois pour un bien d’occasion, période durant laquelle la charge de la preuve pèse sur le vendeur. L’article L217-13 prolonge de six mois la garantie initiale lorsque le bien a été réparé.
La garantie des vices cachés vit à côté, dans le Code civil. Son article 1641 permet à l’acheteur d’agir contre un défaut rendant la chose impropre à son usage, l’article 1648 enfermant l’action dans un délai de deux ans à compter de la découverte du vice. Un consommateur choisit librement le terrain sur lequel il agit, et vos CGV ne peuvent pas l’en priver.
Le droit de rétractation se cadre, il ne se supprime pas
L’article L221-18 accorde au consommateur quatorze jours pour se rétracter d’un contrat conclu à distance ou hors établissement, sans motif ni pénalité. La sanction du silence est redoutable : selon l’article L221-20, l’absence d’information sur ce droit prolonge le délai de douze mois. Une boutique en ligne mal rédigée s’expose donc à des retours pendant plus d’un an.
Certaines ventes échappent au dispositif, et l’article L221-28 en dresse la liste. Biens confectionnés selon les spécifications du client, denrées périssables, enregistrements descellés, prestations d’hébergement ou de transport à date déterminée, services pleinement exécutés avant la fin du délai avec accord exprès du consommateur. Reprenez les cas qui vous concernent, ignorez les autres : une exclusion invoquée à tort se retourne contre vous.
Trois clauses qui décident de l’issue d’un litige
Au-delà du socle légal, quelques stipulations font toute la différence le jour où la relation se dégrade. Elles se rédigent à froid, jamais dans l’urgence.
La réserve de propriété
L’article 2367 du Code civil autorise le vendeur à conserver la propriété du bien jusqu’au paiement intégral du prix. L’article 2368 exige un écrit, et l’article L624-16 du Code de commerce impose que la clause ait été convenue au plus tard au moment de la livraison pour être opposable en procédure collective.
Cette réserve de propriété transforme votre position si le client dépose le bilan : au lieu de figurer parmi les créanciers chirographaires, vous revendiquez votre marchandise. Le délai est court, trois mois à compter de la publication du jugement d’ouverture. Une clause figurant dans des CGV que l’acheteur n’a jamais acceptées ne vaut rien devant le mandataire judiciaire.
La limitation de responsabilité
Plafonner votre responsabilité au montant de la commande reste possible entre professionnels, à une réserve près. L’article 1170 du Code civil répute non écrite toute clause qui prive de sa substance l’obligation essentielle du débiteur. Un plafond dérisoire au regard de la prestation vendue tombe donc devant le juge.
La rédaction efficace distingue les postes : exclusion des dommages indirects et de la perte de chiffre d’affaires, plafond chiffré sur les dommages directs, exception expresse pour le dol et la faute lourde. Vérifiez la cohérence avec votre couverture d’assurance avant d’arrêter le montant, un arbitrage détaillé dans le guide pour choisir son assurance entreprise.
La clause attributive de compétence
Désigner le tribunal de votre siège évite des déplacements coûteux. L’article 48 du Code de procédure civile n’admet cette clause qu’entre personnes ayant toutes contracté en qualité de commerçant, et à condition qu’elle soit spécifiée de façon très apparente dans l’engagement de la partie à qui elle est opposée. Une ligne noyée en corps six au milieu d’un paragraphe ne remplit pas ce critère. Face à un consommateur, la clause est purement et simplement écartée.

Les clauses qui se retournent contre vous
Le Code de la consommation traque le déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties. Son article L212-1 répute non écrite toute clause abusive, le contrat continuant de s’appliquer pour le reste.
Deux listes réglementaires encadrent l’exercice. L’article R212-1 énumère douze clauses irréfragablement abusives, dites liste noire : suppression du droit à réparation, faculté pour le professionnel de modifier unilatéralement les caractéristiques du bien, imposition au consommateur de la charge de la preuve qui pèse normalement sur le vendeur. L’article R212-2 en ajoute dix, présumées abusives sauf preuve contraire apportée par le professionnel, dite liste grise. La Commission des clauses abusives publie en complément des recommandations sectorielles qui inspirent directement les juges.
Entre professionnels, le contrôle existe aussi. L’article L442-1 du Code de commerce sanctionne le fait de soumettre un partenaire commercial à des obligations créant un déséquilibre significatif, une notion que la jurisprudence applique désormais aux clauses standardisées imposées sans négociation possible.
Deux réflexes complètent le tableau. La rédaction doit se faire en français, la loi du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française s’appliquant aux documents destinés au consommateur. Et la copie des conditions d’un concurrent cumule contrefaçon et parasitisme, sans compter le risque pratique de décrire un processus de vente qui n’est pas le vôtre.
L’opposabilité se joue avant la commande
Des CGV parfaites mais jamais acceptées ne protègent personne. L’article 1119 du Code civil pose deux conditions cumulatives : les conditions générales n’ont d’effet à l’égard de l’autre partie que si elles ont été portées à sa connaissance et si elle les a acceptées.
Le même article règle deux situations fréquentes. Quand les deux parties invoquent chacune leurs conditions générales, les clauses incompatibles sont sans effet, chacune neutralisant l’autre. Et quand les conditions générales contredisent des conditions particulières, ces dernières l’emportent : un devis signé prime sur le document type.
En pratique, trois dispositifs rendent vos conditions opposables :
- En ligne, une case à cocher non pré-cochée placée avant la validation du panier, avec un lien vers le document intégral et non un simple renvoi.
- Sur devis ou bon de commande papier, les CGV au verso et une mention de prise de connaissance signée au recto, datée.
- Pour une relation suivie, un contrat cadre annuel qui vise expressément la version en vigueur des conditions générales.
Conservez la trace. L’article L213-1 du Code de la consommation impose au professionnel d’archiver les contrats conclus par voie électronique portant sur une somme égale ou supérieure à cent vingt euros, pendant dix ans à compter de la livraison ou de l’exécution.

Écrire, faire relire, tenir à jour
La rédaction gagne à partir de votre processus réel plutôt que d’un modèle générique. Décrivez d’abord, en langage courant, comment une commande arrive, comment elle est validée, à quel moment le paiement intervient, ce qui se passe en cas de retard ou de retour. Cette description devient l’ossature des clauses.
Numérotez ensuite chaque version et datez-la. La version applicable est celle en vigueur au jour de la commande, une précision qui règle la plupart des discussions ultérieures. Archivez les versions précédentes plutôt que de les écraser.
Trois moments imposent une révision : un changement de tarif ou de délai, l’ouverture d’une nouvelle activité ou d’un nouveau canal de vente, et toute réforme du droit applicable à votre secteur. Le passage à la facturation électronique et l’évolution des règles de garantie ont déjà rendu obsolètes de nombreux documents rédigés il y a cinq ans.
La relecture par un professionnel du droit se justifie dès que l’enjeu dépasse quelques milliers d’euros par commande, ou dès que vous vendez à l’étranger. Une trame construite en amont réduit considérablement le temps facturé, puisque le juriste corrige au lieu de tout rédiger. Le budget se prévoit dès la structuration du business plan, au même titre que l’assurance et la comptabilité.
Prochaine étape : ouvrez vos conditions actuelles et vérifiez trois points seulement, la présence des pénalités de retard et de l’indemnité forfaitaire, le mécanisme d’acceptation avant commande, et la date de dernière mise à jour. Ces trois lignes règlent l’essentiel des litiges d’une petite structure.
Questions fréquentes
Un auto-entrepreneur doit-il rédiger des CGV ?
Le statut ne change rien, le type de client décide. Face à un professionnel, l’article L441-1 du Code de commerce n’impose pas d’établir des conditions générales, mais oblige à les communiquer sur demande dès lors qu’elles existent. Face à un particulier, le Code de la consommation impose une information précontractuelle complète avant la conclusion du contrat. Un micro-entrepreneur qui vend en ligne à des consommateurs se retrouve donc dans la même obligation qu’une société commerciale.
Peut-on reprendre les CGV d’un concurrent en changeant le nom ?
Deux risques se cumulent. Un document rédigé constitue une œuvre protégée par le droit d’auteur, et sa reproduction sans autorisation relève de la contrefaçon. La reprise du travail d’un concurrent pour s’épargner un investissement engage aussi la responsabilité civile au titre du parasitisme. Le risque pratique pèse plus lourd encore : des conditions calquées sur une autre activité décrivent des délais et un processus de commande qui ne sont pas les vôtres.
Quelle différence entre CGV, CGU et mentions légales ?
Les trois documents répondent à des questions distinctes. Les mentions légales identifient l’éditeur du site et son hébergeur. Les conditions générales d’utilisation encadrent la navigation et l’usage du service en ligne : compte, contenus, responsabilités techniques. Les conditions générales de vente régissent la transaction elle-même, du prix au paiement en passant par la livraison et les garanties. Un site marchand porte les trois, sur des pages séparées.
À quel moment le client doit-il accepter les CGV ?
Avant de commander, jamais après. L’article 1119 du Code civil subordonne l’effet des conditions générales à deux éléments cumulatifs : leur communication effective et leur acceptation par l’autre partie. Des CGV imprimées au dos d’une facture arrivent trop tard, la vente étant déjà conclue. En ligne, la case à cocher non pré-cochée placée avant la validation du panier constitue la preuve d’acceptation. Sur un devis papier, une mention de prise de connaissance signée au recto produit le même effet.
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